Carnets de Routes Guatemala: Du 8 au 13 avril 2006

Guatemala Semana Santa

Most of my friends have much more interesting lives than I do. Thus, I am taking the initiative of posting some of their stories. For example, soon you will find interviews with el Granuja and Manolo. To begin with, here is Fadi’s Holy Week story of Antigua, Guatamala (written in French):

Cervantès a si bien su pétrir la triste réalité de la prose quotidienne pour la transformer en poésie croustillante et en illusion satisfaisant l’imaginaire: le Quichotte en preux chevalier avec un « Don pour titre », la roturière –injustement assimilée par la psyché collective à une prostituée !!!– en Dulcinée, les moulins en châteaux (en Espagne bien sûr)… sublimation que nous avons de plus en plus du mal à envisager au quotidien surtout quand, dans le monde du développement auquel je pense appartenir, nous avons à attaquer la pauvreté.

La ville olympique des processions, Antigua, est du Don Quichottisme à l’envers.

Cette ville cuvette ou « couveuse » fondée au 16eme siècle, perchée à 1400 m d’altitude et ceinturée de montagnes tropicales, semble être le nombril de l’Amérique latine. Ainsi la magie méso-messianique et accoucheuse d’Antigua réside dans le lieu, les autochtones, les métis, les sédiments chamaniques, les ordres religieux, le syncrétisme des croyances, les pierres ciselées, les fenêtres en coin, les couleurs vives, les tissages et les kilts (huipile), le fond de l’air d’une légèreté rappelant la pierre ponce, l’alternance du son des flûtes, des tambours et des cloches, le soleil si ardent, la lune si ensorceleuse, la forêt luxuriante avec tout ce qu’elle comprend comme toucan ou autres espèces rares, les fontaines entourées de cloîtres et de bougainvilliers (Fuentes de Pescados et de las Sirenas), l’eau des puits tellement minéralisée qu’on la soupçonne d’aller flirter avec la lave abyssinale et purificatrice, le rhum transformé en philtre sacré dont le millésime demeure un secret murmuré uniquement par les dieux, les mets savoureux et le fumet épicé des grillades, le sol si bronzé par les écoulements successifs de limon rougeâtre qu’il engendre des fruits et des légumes démesurés, la papaye dont l’onctuosité contraste avec l’amertume du chocolat noir… mais surtout dans le volcan curieusement appelé Agua (eau) qui guette la ville du haut de ses 3500 m : Temple majestueux entretenant dans son antre le feu sacré qui l’a sculpté au fil des coulées d’écume rouge… Quoique moins titanesques, deux autres volcans jumeaux (Fuego et Acatenango) viennent fortuitement compléter le chiffre magique de la trinité.

Cette ancienne capitale guatémaltèque aux dimensions humaines (30 000 habitants et 60 000 à son apogée) a une influence ptolémo-andalouso-baroque et est sans doute la ville « culte » des métissages ethniques et culturels tels que reflétés par son architecture, sa dynamique urbaine et ses traditions: Découpage géométrique de la ville ; Maisons « introverties » à un ou deux étages avec des cours intérieures, le ruissellement des petites fontaines rythmant le temps sidéral et des jardins luxuriants embaumant l’air jusqu’à en pâlir; Marché pour l’écoulement de la production agricole, minière et artisanale environnante y compris les superbes bijoux en jade noir ; Héritage religieux baroque avec comme pièce maîtresse la cathédrale ainsi qu’une multitude de monastères, couvents, églises, chapelles et ermitages répartis aux 4 coins de la ville dont le couvent de San Domingo « surclassé » en hôtel partiellement restauré et qui est tout simplement à couper le souffle… surtout celui d’Eole.

En effet, les ordres religieux dont celui des Dominicains/San Domingo et de la Merci/Merced étaient le support idéologico-religieux nécessaire pour entériner la mainmise coloniale espagnole sur une partie de ce continent. De gré ou de force, les populations autochtones ont dû échanger leurs victimes émissaires et sacrificielles aztèques contre la vénération du personnage du Christ.

Les processions de la fête de Paques retrace les derniers moments de la vie du Christ tout en les faisant subrepticement épouser certaines traditions pré-colombiennes. Les processions sont organisées par les ordres religieux qui sont bien sûr en compétition les uns avec les autres, arborent différentes nuances socio-ethniques et dont les membres et les novices sont déguisés en levantin portant des abayas kitch de différentes couleurs.

Ces membres et novices sont entraînés dans une course collective et effrénée de repentance qui consiste à porter à tour de bras –un groupe de 40 à 100 porteurs se relaie continuellement durant la procession– des plateformes (anda) en bois de cèdre de plus ou moins une tonne servant de scènes et de coulisses flottantes sur lesquels reposent les acteurs figés de la tragicomédie de l’an 33 de l’ère chrétienne : Jésus, larrons, harem, apôtres, etc. et le tout surveillé par l’oeil vigilant de la légion romaine, et accompagné par un orchestre répétant des marches funèbres dont notamment celle de Chopin.

Tels des vaisseaux fantômes flottant sur les épaules des rameurs, ces cortèges comprennent aussi bien des hommes que des femmes qui hantent la ville de l’aurore jusqu’au lendemain pour se faire absoudre leurs péchés et avec comme toile de fond un nuage d’encens dont l’épaisseur évoque l’alchimie de tout passage initiatique ou rappel du vaccin religieux.

Avant le passage de ces processions, les habitants de chaque quartier, qui à même la chaussée, s’affairent à « tisser » des tapis (alfombras) avec de la sciure de bois ô combien symbolique et aux teintes multiples ! Ces « passe-pieds » absolument féeriques et ornés notamment par des fruits défendus devront être littéralement et métaphoriquement foulés par ces cohortes pécheresses : signe certain de l’art baroque éphémère.

Troquer ce tissage d’offrandes pour un brin de bénédiction sur le cours des changes pagano-chrétien est l’ultime dessein de ces habitants lors du passage du cortège du maître charpentier et de ses disciples: Ce marché des faveurs religieuses ancestrales reste ainsi solidement ancrer dans la psyché collective et a su s’adapter aux nouvelles règles imposées par le conquérant étranger.

C’est cet univers magique, mystérieux et enchanteur qui est rappelé à la triste réalité tous les quelques temps. En effet, tous les quelques 20 ans, des tremblements de terre viennent faire lézarder quelques pans de murs et sursauter aussi bien les vivants que les morts pour leur rappeler que ce paradis Don Quichottesque ne perdure que grâce au répit de l’enfer tectonique sous-jacent : La ville a tout juste échappé à un coup de grâce en 1773 qui lui a heureusement coûtée depuis son statut de capitale et lui a value son nom magique, Antigua/Antique!

Semana SantaAntigua Semana Santa

 

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